‘‘Mon enfant a des réactions que je ne comprends pas depuis un certain moment. Il ne me regarde pas lorsque je l’interpelle, il pousse des cris à tout bout de champ et il a des comportements qu’il répète sans cesse. C’est comme si son développement s’était interrompu donc il est devenu totalement indépendant de moi. De surcroît, lorsqu’on sort je ne cesse de croiser le regard des autres sur nous. Il aura 4 ans bientôt’’.  

Bien de parents rencontrent ce changement de comportement chez leur enfant soit pendant les premiers mois de croissance ou lorsque l’enfant rentre dans la petite enfance. Si certaines sociétés lui  attribuent le statut ‘‘d’enfant serpent’’,  la médecine moderne lui confère plutôt le nom d’enfant autiste. Selon le conseiller psychologue, rééducateur psychomoteur Koffi Tanoh,  “l’autisme est un trouble neuro-développemental qui dépeint sur  le comportement’’ et ‘‘les enfants autistes ont des comportements très restreints et répétitifs’’.

L’autisme infantile fait partie du groupe de la psychose infantile. Et il touche davantage la relation entre l’enfant et les autres et surtout avec le parent. L’enfant autiste a du mal à rentrer en communication avec le monde qui l’entoure. Il s’inscrit dans sa réalité à lui.

Un diagnostic tardif

Le diagnostic de l’autisme est quelquefois tardif au  niveau des parents parce que les symptômes qui en découlent peuvent être imputés à d’autres troubles de développement chez l’enfant. Les parents ne commencent à s’inquiéter généralement qu’à partir de l’âge de trois ans. Dame Ouattara n’a pris le problème de sa fille de 7 ans à bras le corps qu’après avoir été interpellée par une inconnue lui indiquant un centre de rééducation. Pour le docteur Bissouma Ana Korine, pédopsychiatre, docteur en psychologie et chercheur à l’Institut National de Santé Publique (INSP) ‘‘souvent l’enfant se développe très bien et soudain autour de 1 ans et demi 2 ans, il arrête de parler, d’interagir avec les autres, les troubles vont se manifester’’.

Avant cet âge, les retards d’acquisitions sont excusés dans nos sociétés africaines avec pour repère le développement psychomoteur de l’un des parents pendant son enfance. Cependant, il existe des consultations méticuleuses au niveau des spécialistes qui permettent de faire un premier diagnostic qui pourra être confirmé avec des tests appropriés. ‘‘A partir de 3 ans, l’intelligence des enfants commence à s’éveiller et l’enfant montre des attitudes communicatives et une certaine interaction sociale. Et lorsqu’on parle d’autisme ce sont des enfants qui n’arrivent pas à avoir cette interaction sociale, qui ont des troubles au niveau de la communication et qui ont un trouble envahissant du comportement. Ce sont des enfants qui s’enferment dans leur réalité et qui ont du mal à être avec les autres’’,  affirme le psychologue Tanoh.

Les causes de l’autisme encore un point d’interrogation

Les causes de l’autisme restent encore très peu connues. Selon la pédopsychiatre Bissouma Ana, ‘‘il est difficile de répondre quant aux causes de l’autisme parce qu’aujourd’hui la science n’est pas réellement capable de dire exactement les causes chez tous les enfants qui souffrent de crise autistique’’. Autres pistes à exploiter, c’est le traumatisme que subit l’enfant depuis son stade de fœtus du fait de la maladie ou lors de l’accouchement ou encore au cours de ses premiers moments de vie.

‘‘L’autisme peut être du fait des problèmes neurologiques, neuropsychologique. Les enfants peuvent être agressés par certaines maladies à leur naissance ou étant fœtus et ces maladies laissent des séquelles très graves. L’enfant peut-être traumatisé sur le plan neurologique et de facto agir sur son développement et son comportement’’. Il serait judicieux par contre de faire le bon diagnostic afin d’y associer la bonne prise en charge. Bissouma Ana soutient tout comme le rééducateur Tanoh qu’on ne peut pas guérir de l’autisme. “On peut fragiliser l’autisme par la rééducation ou par un traitement médicamenteux’’, aux dires des deux spécialistes.

Une prise en charge à trois dimensions

Pour ce faire, la prise en charge se fait à plusieurs niveaux, la thérapie médicale, il faut un avis médical. Ensuite la rééducation ou psychologique ou on tient compte de l’enfant, la famille, le frère et sœur. Le dernier niveau est pédagogique afin de permettre à l’enfant d’avoir accès à l’éducation. Si les pays occidentaux ont un cadre éducationnel adapté aux troubles infantiles de l’enfant tels que l’autisme, sous nos tropiques, beaucoup reste à faire. Bon nombre d’établissements n’acceptent pas les enfants autistes et les éducateurs spécialisés en la matière font également défaut.

L’accès au centre de rééducation

L’un des problèmes majeurs reste l’accès aux centres de rééducation en termes de coût et de proximité. En Côte d’Ivoire, les structures publiques se résument au centre de guidance infantile sis à Adjamé et des sous-unités dans les centres sociaux. ‘‘On est conscient en tant que spécialiste de la question de la santé mentale de l’enfant, il y a un vide dans la prise en charge. Les institutions privées s’inscrivent plus dans ce domaine que le public’’, affirme Bissouma Ana. Mais selon la pédopsychiatre, des réformes sont en cours à ce niveau. “Nous avons pris la décision d’ouvrir un service spécialisé et d’ici quelque mois, nous devrions ouvrir le premier service public spécialisé dédié à la prise en charge de l’autisme de l’enfant’’. Cette innovation va permettre à plusieurs enfants de bénéficier de soins à des prix moins élevés que dans les structures privées.

Le constat reste que la prise en charge reste coûteux aussi bien financièrement que physiquement du côté du parent. Le conseiller psychologue, rééducateur psychomoteur Koffi Tanoh, invite l’état et les assurances privées à s’inscrire dans la démarche des pays développés avec la prise en compte des soins de l’enfant autiste.

Une solution pour l’autonomisation de l’enfant autiste

La rééducation à plus d’un titre est bénéfique pour l’enfant autiste en témoin la mère de Fanta, enfant âgé de 7 ans au centre de rééducation du psychologue Tanoh. ‘‘ Avant la rééducation, Fanta n’arrivait même pas à s’exprimer ni s’habiller, mais avec la rééducation elle salue souvent et porte ses chaussures toute seule. Elle arrive même à m’appeler et me demander des choses en fonction de ses besoins’’. Il convient alors de passer à une phase de sensibilisation sur la question des troubles infantiles en général et celle de l’autisme en particulier. ‘‘J’ai rencontré un enfant il y a quelques semaines qui au départ ne pouvait émettre aucun mot mais aujourd’hui arrive à dire bonjour docteur’’ témoigne Bissouma Ana. L’autisme ne se guérit pas, les troubles de l’enfant sont améliorés pour qu’il puisse s’adapter parce que l’autisme touche la communication. Il y a des troubles du comportement. Il faut demander un avis ne serait-ce que dans les centres sociaux.

Le concept des africains sur la maladie

“Les enfants serpent” sont des idées africaines préconçues. Ils ne sont pas considérés comme des humains parce que la chaîne de transmission de vie a été arrêtée. Le parent ressent de la honte vis à vis de son enfant. Les parents sont regardés comme s’ils avaient commis un péché et l’enfant, leur punition. Le handicap est dans le regard des autres. Pourtant si tout le monde exprimait de l’humanisme, on pourra percevoir l’autiste autrement. Il faut donc sensibiliser les populations, ajoute Bissouma Ana.

Manque de statistique sur les enfants autistes

Il n’y a aucune statistique en Côte d’Ivoire sur le nombre d’enfants victime de cette pathologie. “Une statistique suppose faire une enquête nationale et le dernier recensement n’a pas pris en compte les malades d’autisme. Or il est important d’avoir une idée de la prévalence du handicap de l’enfant”, explique Ana Korine. Au centre de guidance, une étude préliminaire peut permettre de cerner le nombre d’enfants autistes, mais l’échantillon n’est pas significatif sur l’échiquier national. Il reste à faire une étude plus large pour avoir un nombre global. Cependant elle reste difficile à réaliser parce que dans notre société, ces enfants sont traités “d’enfants serpents”. Ces enfants sont cachés du regard des autres ou encore les parents ne connaissant pas la maladie de sorte qu’ils ne peuvent le dépister. L’accent sera mis sur les structures privées, l’INSP et les centres sociaux, afin d’avoir une idée globale du nombre de ces enfants.

L’autisme en lui-même n’est pas une maladie mais un handicap qui est la conséquence de certaines affections qui peuvent être traitées mais laissent généralement des séquelles. On peut fragiliser l’autisme par la rééducation ou par un traitement médicamenteux. Toutefois, les populations africaines devront être sensibilisées sur la maladie, d’où l’implication des gouvernements par le biais du ministère de tutelle.

Kamara Lanciné coll. Sidibé Ramatou