Fêter son anniversaire est un fait entré de nos jours dans les mœurs au point de devenir un phénomène social. Pourtant, cette pratique est une trouvaille du XXème siècle. Selon, Christian Helson, directeur de l’Institut de psychologie et de sociologie appliquées (Ipsa) à l’université catholique d’Angers nous apprend que : « c‘est au cours du XXe siècle que cette mode s’est largement répandue en Europe. Elle a d’abord essentiellement concerné les enfants, puis gagné les adultes à partir des années 1970. Elle s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs : l’allongement de la durée de vie, le déclin des rites de passages, la valorisation de l’individu, la société de consommation… Mais aujourd’hui, elle consiste surtout à fêter son âge dans la culture du ‘vieillir jeune’ ».

Helson poursuit : « autrefois, les chrétiens qui sont à l’initiative de cette pratique considéraient l’anniversaire comme un péché d’orgueil et préféraient fêter les saints parce que leur mort représentait la véritable naissance à la vie éternelle. Ce sont les protestants qui ont réhabilité le rite en faisant du jour de la venue au monde d’un individu le moment qu’avait choisi Dieu pour lui donner sa place dans l’univers. »

Face à la pression exercée par ce nouveau phénomène, les psychologues constatent que l’approche de la date d’anniversaire est devenue des moments de déprime pour nombre de personnes. Chez la femme, cela débute à la trentaine, notamment si elle souhaite fonder une famille et qu’elle est encore célibataire. Chez l’homme, ce blues est plus tardif, quand s’amorce pour lui un changement de statut social à l’approche de la retraite. Chez les séniors, cela s’explique par le fait qu’il évoque l’imminence de la mort.

Que dire des symboles et rituels marquant la célébration des anniversaires ? On apprend des psychologues que les bougies symbolisent le temps qui passe, puisque leur nombre représente les années passées. Toutefois, on remarque qu’aujourd’hui, au lieu d’une quantité de bougies donnée, celles-ci sont parfois numériques, c’est-à-dire uniques avec un chiffre d’âge ; inextinguibles pour celles qui se rallument une fois soufflées ou encore étincelantes pour décorer le gâteau… Tout cela, comme si, finalement, on voulait masquer le décompte des ans. Le gâteau, quant à lui, évoquerait la pleine lune et tiendrait sa forme ronde du culte grec d’Artémis, déesse de cet astre de la nuit. Le partager avec les autres permettrait d’adoucir la rudesse du cours des ans et rappellerait à tout un chacun que c’est ensemble que nous avançons en âge.

En tant que musulman, ce qui précède permet de comprendre qu’il est important d’avoir une attitude réservée face à la célébration des anniversaires, tant dans le fond que dans la forme. Dans le fond, parce que tout musulman ne doit poser que des actes conformes à la charia (la loi islamique) et la sounna (tradition prophétique). Aussi, est-il est important de s’interroger sur le bien-fondé de la célébration des anniversaires. Il est clair qu’elle n’est pas issue d’une tradition islamique. C’est pourquoi, plusieurs Oulamas la condamnent et l’interdisent strictement. Par contre, d’autres la tolèrent à condition de ne pas emprunter dans sa célébration, des rituels condamnables aux yeux de la législation islamique. Dans la forme, le cas présent indique bien que le gâteau et la bougie à souffler sont à délaisser pour éviter toute ambiguïté.

Pour notre part, d’un côté, partant du fait que l’acte de célébration de l’anniversaire a été observé par le noble prophète Mouhammad (saw) à travers sa pratique du jeûne du lundi, en souvenir du jour de sa naissance. D’autre part, eu égard au fait que les actes ne valent que par l’intention qui les suscite, nous sommes d’avis avec ceux qui pensent que le musulman peut fêter son anniversaire. Mais, à condition de respecter certaines conditions.

Premièrement, l’intention doit être loin de célébrer tout triomphalisme face à la vie. Elle doit plutôt être emprunte d’humilité et de reconnaissance à Allah pour le souffle de vie qu’Il nous offre. Pour cela, des actes d’adoration pourraient être accomplis tels que le jeûne, la lecture du noble Qour’ane, des offrandes aux nécessiteux et pour les œuvres dans le sentier d’Allah…

Deuxièmement, en tant qu’une créature mortelle, la date d’anniversaire doit être pour tout musulman, un jour de bilan, d’introspection et de remise en cause de soi. Cela, en vue d’une meilleure réforme du temps qui le sépare de sa rencontre fatidique avec Allah.

Troisièmement, le gâteau d’anniversaire et la bougie, doivent s’effacer au profit d’une distribution de vivres et non-vivres. Cela aurait pour avantage d’apprendre très tôt aux plus petits, l’esprit du partage et de la reconnaissance à Allah Le Créateur.

Quatrièmement, à l’heure où les liens familiaux et amicaux se disloquent et se fragilisent, la célébration des anniversaires, loin de tout acte voyeuriste et de célébration de soi, pourrait constituer un moment de resserrement des liens familiaux et de reconnaissance à nos géniteurs ou aînés. Qu’Allah nous aide à nous souvenir de Lui. Amine.

Ibn Soliou

Expert-Consultant en Communication