Sur la vie du prophète Muhammad (saw), un discours longtemps ressassé et qui est loin de la vérité historique mérite qu’on y apporte des éclaircissements.  Il s’agit de l’image véhiculée sur l’illettrisme et sa pauvreté du prophète Muhammad (saw).

S’agissant de la question de l’illettrisme du prophète Muhammad (saw), les avis sont consensuels sur le fait qu’au moment de la révélation, il ne savait pas ni lire, ni écrire. En témoigne le dialogue poignant entre lui et l’archange Jibril (as) aux versets 1à 5 de la sourate 96, Al Alaq (l’Adhérence) : « Lis au nom de ton Seigneur qui a tout créé, qui a créé l’homme d’une adhérence ! Lis, car la bonté de ton Seigneur est infinie ! C’est lui qui a fait de la plume un moyen du savoir et qui a enseigné à l’homme ce qu’il ignorait. »

Un vaste chantier à réaliser, un programme de société auxquels le prophète Muhammad (saw) était invité à s’y engager. Bien qu’il ait sur place répondu qu’il ne savait pas lire, Muhammad (saw) allait s’y atteler dès que possible. En effet, après l’immigration à Médine, des écoles allaient essaimer partout dans cette nouvelle cite-État. Il ne faut pas oublier que dans cette ville, y habitaient des citoyens médinois juifs et chrétiens qui savaient lire et écrire. Il va s’en dire que les musulmans étaient condamnés à s’approprier l’écriture. À ce sujet, des hadiths célèbres disent : « la recherche du savoir est une obligation pour le musulman du berceau à la tombe » ou encore « la recherche du savoir est une obligation pour tout musulman même s’il faut se rendre en Chine »

Dans le contexte d’intense adversité d’alors, on imagine le fourmillement qu’il y a dû avoir dans la quête effrénée du savoir par les musulmans, sortant d’une société arabe arriérée et où l’illettrisme était le dénominateur commun. Et comme les musulmans n’avaient d’exemple que ce que faisait le prophète Muhammad (saw), comment celui-ci pouvait être en marge de ce processus de réforme, de transformation et d’acquisition de savoir ?

Oui, au bout d’efforts titanesques le prophète Muhammad (saw) a su lire et écrire. Il était devenu le chef d’État d’un empire islamique dont le centre était Médine. Il correspondait par lettres signés par lui avec les rois des autres royaumes et empires.  D’ailleurs, parvenu à ce stade voici ce que le noble Qur’ane dit de lui au verset 48 de la sourate 29 Al Ankabout (l’Araignée) : « Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes. »

Sur la question de sa pauvreté, nous argumenterons en empruntant la même démarche. Le prophète Muhammad (saw) au moment de la révélation n’était pas dans un dénuement absolu. Il était un homme d’affaires avec son épouse. La mission prophétique l’a obligé à s’éloigner un tant soi peu du monde des affaires. Celles-ci étant directement gérées par son épouse Khadidjat (ra). À la mort de celle-ci, il a connu une certaine traversée du désert. Mais quelques années après l’immigration, le prophète Muhammad (saw) et sa famille ont vécu de subventions issues de l’État islamique, une sorte de salaire. À la différence avec l’époque contemporaine qu’il ne gardait aucun dénier communautaire par dévers lui. Sa femme Aicha (ra) ne disait-elle pas qu’il était le plus généreux ? Or, pour être généreux il faut avant tout être détenteur de biens numéraires et matériels. Il faut même souligner qu’après sa mort, ses épouses continuaient de jouir de subventions de la part de l’État islamique.

Au total, il faut retenir que le prophète Muhammad (saw) est l’exemple du parcours que doit suivre toute musulmane et tout musulman. Certes, il était illettré et pauvre. Mais, il est parvenu à être lettré et pourvu de biens. À son image, les musulmans de son époque ne sont partis de rien pour parvenir, des siècles plus tard, à construire un empire qui a régné sur le monde entier des siècles durant.

C’est dire qu’individuellement, en s’appropriant les normes de vie de l’islam, en termes d’acquisition de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, on peut certainement partir de rien pour se hisser au pinacle de la société. Ce qui commande d’une part, que nos imams et prédicateurs changent de discours en parlant du prophète Muhammad (saw). D’autre part, que la oumma s’investisse dans la réalisation d’infrastructures qui permettront de faire reculer l’illettrisme en son sein. Qu’Allah nous facilite sa réalisation. Amine !

Ibn Soliou