Au petit matin du samedi 11 mars 2017, un crime crapuleux ( ?) s’est produit à Man. Pire, dans l’enceinte de la mosquée centrale de Man et sur la personne du muezzin. Une telle horreur ne pouvait que provoquer un vif émoi et moult interrogations sur son mobile. Qui plus est, quand on sait que la personne assassinée était non seulement âgée et par sa fonction, ne devrait être au centre d’un acte délictuel pouvant faire l’objet d’un règlement de compte. C’est pourquoi, cet incident nous offre aussi l’opportunité de jeter un regard sur la fonction de muezzin, qui pour beaucoup se limite à la seule visible de « crieur ».

Pour bien comprendre l’importance de cette fonction, il faut savoir que la tradition du prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) rapporte que le muezzin qui aura accompli sa fonction dans les règles de l’art est une personne à qui le paradis est promis. C’est pourquoi, il leur est dévolu un regard spirituel au-dessus de la normale.

Historiquement, la fonction de muezzin a été établie après l’émigration des musulmans à Médine qui eut lieu en 622 de l’ère chrétienne. En effet, par cet acte échappatoire, les musulmans ont pu acquérir la liberté de célébrer la prière collectivement dans une mosquée, reconnue comme telle. Car, à la Mecque où l’adversité était féroce et impitoyable, ils étaient contraints de célébrer la prière en se cachant du regard ennemi. Le premier muezzin se nomme Bilal Ibn Rabah. C’est un ancien esclave noir, poète à ses heures d’évasion, avant sa conversion à l’islam. Pour l’histoire, il fut racheté par Aboubakr Sidick le premier Calife de l’islam des mains d’un maître malfaisant qui le punissait chaque jour du fait de sa conversion.

Bilal par sa voix suave et perçante et sa bonne moralité hors du commun a su donner à la fonction de muezzin ses lettres de noblesse. Ce qui lui a valu d’assurer le rôle d’intendant du prophète Muhammad (pbsl) et de toute la communauté de Médine. C’est à lui qu’étaient confié les biens de la communauté et c’est à lui qu’était dévolu le droit de les redistribuer aux plus faibles, suivant les instructions du Prophète (pbsl). En plus, Bilal était l’un des personnages privilégiés à qui le Prophète (pbsl) avait promis de vive voix le paradis. Tous ces faits ont donc contribué à associer à la fonction de muezzin un égard spirituel et social très envié, la plaçant ainsi sur un piédestal.

Malgré ce rang spirituellement enviable, de nos jours, matériellement les muezzins tirent souvent « les anges par les ailes ».  Car, l’essentiel des attentions des fidèles va principalement à l’endroit des imams. Les muezzins vivent généralement sous l’ombre de ceux-ci. Conséquemment, leur situation de vie n’est donc pas toujours au premier plan des préoccupations des fidèles musulmanes.

À ceci près que, lorsque nous sommes engoncés dans les difficultés de la vie, nous savons solliciter les bénédictions des muezzins. Pire, face à la frénésie pour un enrichissement facile et rapide qui s’est emparée d’une partie de notre jeunesse, le muezzin devient parfois, une cible à sacrifier pour des pratiques occultes. À ce propos, un ami rapportait la scène ahurissante dont leur quartier fut le théâtre un jour. Une lutte qui s’engagée au petit matin, entre des jeunes gens et un muezzin sur la route de la mosquée, pour arracher le boubou que portait celui-ci. On se croirait dans une scène de dessins animés à la Tom et Jerry. C’est tout dire !

Pourtant, le muezzin est le pilier central de la vie de la mosquée. En effet, sa vie reste entièrement liée et vouée à la mosquée. Pendant que tous les autres fidèles musulmans vaquent à leurs occupations. C’est lui qui ouvre la mosquée, c’est lui qui la referme. Une véritable vie sacerdotale.

Dans certaines contrées où la prise en charge des religieux est bien formalisée, le muezzin est un fonctionnaire. Ce qui le décharge de toutes les pressions socio-économiques liées à sa vie et à celles des siens. À cet égard, il serait juste et reconnaissant vis-à-vis d’Allah et des convenances sociales de se pencher sur la prise en charge effective et formelle de nos muezzins. Car, ils arrêtent de vivre, pour nous. C’est à nous de leur offrir notre reconnaissance en retour. Vivement qu’on y arrive !

Ibn Soliou