Dans la nuit du mercredi 22 au jeudi 23 février 2017, l’imam Bredji Ibrahim a rejoint son Créateur Allah. Comme toujours, on trouvera un argument médical pour justifier ce décès. Pour notre part, nous comprenons qu’il a, le plus naturellement du monde, répondu à l’appel de Son Seigneur. Douleurs et émotions ont suivi l’annonce de la perte de ce leader charismatique et aimable. Tant l’homme aura marqué d’une forte empreinte ces coreligionnaires voire bien au-delà. Oui, on peut l’affirmer sans hésitation, l’imam Bredji Ibrahim fait partie du cercle restreint des personnalités religieuses qui ont réussi à toucher les Ivoiriens dans leur diversité et même au-delà des frontières du pays.  Au-delà de tout, à travers ce départ, l’homme nous laisse un testament qu’il nous appartient de démêler pour en comprendre le sens et en tirer les leçons.

Première leçon : l’imam Bredji par ses origines confirme bien que l’islam est une religion universelle. Qui ne s’adresse exclusivement à aucun peuple dit élu ou privilégié. Au fond, l’imam Bredji est la résultante de la forme d’islam véhiculée par nos aïeux ; teinté de tolérance, d’ouverture et d’un savoir-être hors du commun. Touches choses qui ont permis à ces aïeux de convaincre sans contrainte, des peuples auparavant sans lien avec l’islam à voir en cette religion, une voie de réalisation de soi. Une dynamique entretenue depuis le début par le prophète Mouhammad (saw) et ses compagnons (ra) ; et qui a servi de comburant à son expansion dans toutes les contrées du monde.

Deuxième leçon : l’imam Bredji nous a tous enseignés le sens réel de l’engagement pour le triomphe de la cause d’Allah. Un engagement sincère, entier, sans arrière-pensée et totalement désintéressé. On peut comprendre pourquoi, sans aucun soutien, il a accepté d’être l’imam de la mosquée Tawba (la Repentance) de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, la plus grande prison de Côte d’Ivoire. Il faut bien le savoir : dans l’univers carcéral il n’y aucune prise en charge des imams. Bien au contraire, les détenus attendent plutôt de leurs guides religieux, de l’aide psychologique, matérielle et financière. Un sacerdoce que personne n’était prêt à assumer. À preuve, l’imam Bredji n’a pas pu avoir d’adjoint à part entière. Tant la tâche est rude dans cet univers carcéral. D’ailleurs, le Cheick Moustapha Sonta, le Khalife général de la Tidjania en Côte d’Ivoire dans son témoignage n’a pas manquer de dire : « quand il s’agissait de l’islam, l’imam Brédji était toujours prêt pour le combat ».

Troisième leçon : l’imam Bredji a montré qu’un leader religieux doit être avant tout un communicateur avéré. Pour cela, il était polyglotte, parlant couramment plusieurs langues dont le Français, l’Arabe, le Dida, le Malinké et le Bété. D’autre part, il avait un sens de la dérision, de l’humour et un esprit de synthèse hors du commun. L’imam était un homme de terrain loin de s’enfermer dans le douillet des salons. Il répondait sans hésitation, aux sollicitations d’animation de conférences et de médiations, qu’importent le lieu et la classe sociale des solliciteurs. Une qualité qui est loin de courir les rues de nos jours où seuls les intérêts déterminent les décisions de nombreux religieux.

Quatrième leçon : Le départ de l’imam dès suite de maladie qualifiée de pernicieuse depuis un moment pose la question fondamentale de la prise en charge médicale des imams et des muezzins. Aujourd’hui, des régimes simplifiés existent dans le domaine de l’assurance au sujet de la prise en charge médicale des clients. C’est un des grands chantiers auxquels doit s’attaquer le Conseil supérieur des imams en Côte d’Ivoire (Cosim). Le nombre considérable d’imams et de muezzins en Côte d’Ivoire est un atout dont devrait se servir le Cosim pour offrir une assurance maladie à ses membres et leurs familles. La sonnette d’alarme est tirée, il faut urgemment y apporter une réponse satisfaisante.

Cinquième leçon : le décès de l’imam Brédji nous renvoie en plein visage la problématique de la prise en charge des orphelins et des veuves dans la oumma. Il est vrai qu’encore sous l’effet du choc, des actions de solidarité vont être posées à l’endroit de la famille de notre cher disparu. Mais pour combien de temps ? C’est pourquoi, la communauté musulmane doit adresser une réponse structurelle à cette équation fondamentale. Le temps est arrivé de sortir de la navigation à vue face aux exigences de réflexion et d’actions que nous posent la vie et notre religion. Car, chacun est appelé un jour à partir en laissant derrière lui les siens.   

Sixième leçon : elle s’inscrit dans la droite ligne de la précédente. L’imam Brédji a ouvert une voie qui reste encore, quasiment inexplorée par la communauté musulmane. Il s’agit du champ de l’humanitaire. Un vaste chantier presque vierge qui devrait normalement être après le cultuel, l’activité principale de la oumma. Par sa seule force, sa détermination et sa conviction l’imam Brédji a mené durant des années ce combat de la réhabilitation de l’humain ou encore de la solidarité avec les plus faibles à la Maca. Le départ de l’imam Brédji nous oblige à réfléchir à une prise en charge plus structurée des prisonniers en Côte d’Ivoire. Si ce galop d’essai est réussi on pourrait l’étendre aux hôpitaux, aux orphelinats et aux maisons de veuves. Un vrai héritage que nous laisse l’imam Brédji et dont nous avons le devoir d’entretenir la postérité.

En un mot comme en cent, merci cher imam Brédji pour ton exemplarité. Qu’Allah t’accorde une place de choix dans le Djannat Firdaouss.   Amine.

Ibn Sôliou