” Si la presse n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer ” avait osé écrire le Français Honoré de Balzac dans la revue parisienne en 1840. L’écrivain formulait en ces termes, son réquisitoire contre la presse.
” La presse est en France, un quatrième pouvoir dans l’Etat; elle attaque tout et personne ne l’attaque. Elle blâme à tort et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et les littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu’il y ait réciprocité; ses hommes à elles doivent être sacrés. Ils font et disent des sottises effroyables, c’est leur droit “.
Honoré de Balzac devait être très en colère contre la presse. Depuis cette époque, la contestation du pouvoir des médias s’est faite encore plus agressive. Spiro Agnew, vice-président des Etat-Unis en 1969, l’intellectuel Soviétique Alexandre Soljenitsine en 1978 ont successivement emboîté le pas à Balzac et dénoncé les abus de pouvoir des médias.
Pourtant, reprenant à son compte l’interrogation formulée moins de deux siècles plus tôt par son ancêtre, le professeur Francis Balle, dans un livre opportunément intitulé ” Et si la presse n’existait pas ..” répond, péremptoire :
” La liberté n’existerait pas non plus! “. Pour ce professeur de philosophie, ancien directeur de l’institut français de Presse, ancien vice chancelier des Universités de Paris, membre du Conseil National de l’Audiovisuel français et directeur de l’institut de Recherches et d’Etudes sur la communication – IREC – la liberté d’informer représente tout simplement l’oxygène de la démocratie. En effet, souligne-t-il, il n’y a pas de démocratie sans liberté d’informer. Il n’y a pas non plus de liberté d’information sans démocratie.
Sans la communication la démocratie cesserait d’exister. Comment concevoir par exemple que les gens participent au choix de leurs gouvernants et à l’élaboration des lois de leurs pays s’ils ne sont pas éclairés par les médias sur l’importance des choix à opérer ?
Le 21ième Siècle, ce nouveau millénaire nous plonge incontestablement dans le règne de la démocratie, des médias et de la communication. Aujourd’hui et davantage encore demain, dans les sociétés démocratiques et donc de communication, l’on ne peut plus, l’on ne pourra plus élire un candidat sans recourir aux médias. Le choix des gouvernants est désormais fortement influencé moins par leur expérience ou leur action politique que par leurs performances télégéniques, c’est-à-dire, leur aptitude à communiquer. Nous sommes résolument entrés dans l’ère de la “Médiacratie” et de la “Télécratie” autrement dit, une époque où le triomphe des médias est tel que pour arriver au pouvoir ou y rester, il faudra être un homme ou une femme cathodique. C’est donc désormais la télévision qui, par la séduction du tube cathodique, fait l’élection, fabrique de nouvelles stars de la politique, sélectionne les clients brillants et rejette les médiocres.
Dans cette nouvelle société démocratique, modelée par la communication, les règles du jeu politique doivent assurément intégrer les médias en tant qu’arbitres et régulateurs de la vie sociale par ce qu’ils sont devenus un passage obligé pour tout citoyen qui vaudrait conquérir une position de pouvoir ou la conserver.
Désormais donc, en démocratie, l’élection-représentation s’accommode d’une nouvelle source de légitimation qui s’appelle la communication.
Dès lors, ce qui caractérisera la vraie démocratie dans ce contexte nouveau, ce n’est pas la quantité des titres de journaux publiés, ni même la qualité des informations diffusées, mais le combat sans cesse mené pour sauvegarder et accroître les capacités de chaque citoyen à communiquer sa pensée et accéder par le même temps à l’expression de la pensée d’autrui, qu’elle soit exprimée, par le mot, par le texte, par l’image ou sous une forme artistique. Cela veut dire surtout que nul ne peut, nul ne doit être inquiété pour ses opinions et ses idées.
La liberté de la presse constitue une composante essentielle à la construction de la paix et de la démocratisation des nations. Les médias ont pour vocation d’être l’un des supports par lequel se matérialise la libre expression en ce sens que non seulement ils offrent l’espace public par excellence à l’exercice de cette libre expression, mais aussi ils contribuent à la formation de l’opinion publique par la prise de conscience collective des enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels qui se posent à tous les niveaux de la société.
S’il revient aux états de créer les conditions et les instruments pour la mise en œuvre des principes de la bonne gouvernance, il n’en demeure pas moins que la prise en compte du rôle des médias dans ce dispositif s’avère essentielle, et, de ce fait, doit-être soutenue et encouragée.

 

Mory Bamba de Karamoko