Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine (UA), validé lundi 30 janvier 2017 par le sommet d’Addis-Abeba, est présenté par chacun des protagonistes comme une petite victoire, mais il s’agit d’abord d’une victoire du bon sens.
Certes, le Maroc peut dire que cette réintégration constitue l’aboutissement d’une offensive soigneusement menée depuis de longs mois. Il n’en demeure pas moins que, l’Algérie peut se targuer de rappeler que le Maroc est revenu par la petite porte, en présentant une demande d’adhésion en bonne et due forme.
La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) peut, elle aussi, souligner que le Maroc s’est plié formellement aux règles et textes de l’Union africaine, dont celui du respect des frontières héritées à l’indépendance. Brahim Ghali, Président de la RASD, peut même pousser le plaisir plus loin encore, en parlant comme chef d’un État fondateur de l’Union et qui, à ce titre, souhaite la bienvenue à un nouvel adhérent.
Le roi Mohammed VI l’a dit dans sa lettre remise au président tchadien Idriss Déby Itno, Président sorti en exercice de l’Union Africaine et qui évoque le retour du Maroc de l’Union africaine : « Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé ».
En cette année 2017 où les Nations Unies ont définis la formulation des agendas mondiaux qui vont structurer l’agencement des politiques de développement et de coopération pour les 20 à 30 prochaines années, et où en même temps les risques de dissolution des perspectives du futur n’ont jamais été aussi élevés, il est très important que l’Afrique porte le message de l’espoir. Les hasards du calendrier ont voulu qu’en 2016 l’ensemble des États du monde se soient donné rendez-vous justement à Marrakech au Maroc, pour discuter des nouvelles priorités à définir et des actions à entreprendre pour opérationnaliser l’accord de Paris conclu en décembre 2015 sur l’Agenda du Climat. Marrakech marque ainsi un nouveau départ pour les Nations du monde soucieuses de sauvegarder ce que nous avons de plus cher en partage, notre planète Terre.
2017 doit également être l’année où l’Union Africaine retrouve la plénitude de ses membres et initie un nouveau départ en vue de tourner le dos aux errements du passé. L’Afrique doit construire une stratégie et une trajectoire nouvelles lestées des pesanteurs de l’héritage colonial et post-colonial, pour prendre en mains son développement, en comptant d’abord sur son immense potentiel en ressources naturelles et humaines. L’Afrique doit montrer au monde qu’elle peut dépasser les obstacles conjoncturels auxquels la région est confrontée pour se centrer sur l’essentiel: l’amélioration continue du cadre et des conditions de vie des populations, dans le respect de leurs droits et de leur dignité.
La réintégration du Maroc au sein de l’Union Africaine doit produire un électrochoc salutaire pour remobiliser les énergies, surtout des plus jeunes, qui faute de perspectives crédibles qui leur sont offertes en Afrique, entreprennent de traverser le Sahara et la Méditerranée, souvent malheureusement au péril de leur vie, à la recherche d’une vie qu’ils croient meilleure hors d’Afrique. Et le drame, c’est que ceci se passe sans qu’apparemment l’Union Africaine n’en prenne l’exacte mesure.
Il est plus que temps que l’Union Africaine sorte de la torpeur et de l’immobilité littérale dans laquelle l’a tenue la division de ses membres entre ceux qui soutiennent la RASD (et dont le nombre a très largement diminué au fil des années) et ceux qui sont pour la position du Maroc (qui sont aujourd’hui la majorité). Il faut se rendre compte que ce conflit divise l’Afrique depuis plus d’une génération. Il est plus que temps que l’Afrique se montre mature et sache dépasser un conflit où 300.000 Africains prennent en otage 01 milliard d’autres. Le retour du Maroc offre l’occasion de cette prise historique de responsabilité.
La promotion des échanges commerciaux et des investissements vers l’Afrique a connu cette dernière décennie une envolée remarquable. Elle se base sur la signature de plusieurs Conventions tarifaires, de non-double imposition, et de protection des investissements avec nombre de pays: Sénégal, Gabon, Niger, Côte d’Ivoire, Cameroun, Mali, Angola, Bénin, Burkina Faso, RDC, Tchad et Guinée. Le roi du Maroc Mohammed VI a effectué de multiples visites dans les pays africains depuis son accession au Trône. Ces visites ont été suivies d’actions concrètes comme l’organisation de «Caravanes à l’export», la participation aux Salons et foires, et les missions d’hommes d’affaires marocains. Le Maroc est arrivé à exporter son savoir-faire, notamment dans les secteurs de l’électrification, l’accès à l’eau potable, les infrastructures, les télécoms et le logement social.
Le Maroc constitue actuellement le deuxième investisseur africain après l’Afrique du Sud ; un enjeu géostratégique de taille pour l’affirmation des économies africaines…

Mory BAMBA de Karamoko