La communauté musulmane canadienne est très touchée après la fusillade dans la mosquée. Justin Trudeau a délivré un message de tolérance.
La fusillade dans une mosquée de Québec, qui a fait six morts et huit blessés dimanche 29 janvier, a créé une vive émotion au Canada. L’incompréhension a vite laissé place à la colère pour certains, la peur dans un pays jugé sûr pour d’autres et aux messages d’unité et d’amour envers les musulmans. Un homme, fidèle d’une autre des dix mosquées de la ville, arrive la mine sombre près du périmètre de sécurité. « Je connais des gens qui se trouvaient à l’intérieur et jamais je n’aurais pensé qu’une telle chose aurait pu se passer », dit ce trentenaire, qui refuse de donner son identité.
Plutôt bravache d’ordinaire, Régis Labeaume, le maire de Québec, retient difficilement un sanglot dans la nuit de lundi. « Je veux exprimer ma révolte, ma révolte devant ce geste crapuleux », lâche l’édile pour qui « aucun humain ne devrait payer de sa vie du fait de sa race, de sa couleur, de son orientation sexuelle, ou de sa croyance religieuse ». En colère après cette tragédie, le maire de Québec tente aussi d’apaiser la douleur des quelques milliers de musulmans, « ceux qui sont nos voisins, nos concitoyens et concitoyennes ». « Je vais leur dire que nous les aimons » en les recevant lundi à la mairie, mais aussi « les réconforter parce qu’il y a sûrement des chocs incroyables qui vont durer » pour ces personnes, dit-il.
Justin Trudeau appelle à la tolérance
Alerté par un de ses amis, Hamid Nadji est immédiatement venu au centre culturel islamique de Québec où s’est déroulé le drame. Mais difficile pour lui, comme pour les nombreux badauds venus malgré le froid glacial, d’approcher de la mosquée, qui se trouve dans un quartier à une dizaine de kilomètres à l’ouest du cœur historique de Québec. La police a bouclé un large périmètre de sécurité et Hamid Nadji s’est réfugié à « La Boîte à pain ». Il ne fréquente pas « de façon habituelle » la mosquée, mais seulement « pour les grands événements » et il est « venu sur place pour tenter de comprendre ».
« Pour nous musulmans, le Québec et le Canada étaient auparavant une zone sûre », estime Hamid Nadji interrogé par l’AFP en faisant référence au vif débat de société sur la laïcité en 2014 avec un projet de « charte des valeurs » – finalement avorté –, qui devait interdire le port de signes religieux dans la fonction publique. Depuis, plusieurs actes à caractère raciste ont été déplorés au Canada comme du sang de porc jeté sur les murs des mosquées ou des autocollants haineux apposés dans des quartiers d’immigrants. « La diversité est notre force et, en tant que Canadiens, la tolérance religieuse est une valeur qui nous est chère », a rappelé lundi Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, après la fusillade de la mosquée de Québec.

In lepoint.fr