L’harmattan est un vent, très chaud le jour, plus froid la nuit, très sec et le plus souvent accompagné de poussière. C’est un alizé continental qui sévit au Sahara et en Afrique Centrale et de l’Ouest.

Depuis fin novembre 2016, la saison de l’harmattan bat son plein dans le nord de la Côte d’Ivoire. A Korhogo, cette situation bouleverse les habitudes des populations.

En effet, s’il y a un comportement que les ‘’korhogolais’’ adoptent pendant cette période, c’est bien l’accoutumance au beurre de karité. « j’utilise le beurre de karité pour me pommader, parce qu’il est plus efficace que les autres huiles en saison d’harmattan. A la maison, mon grand père l’utilise pour éviter que le vent sec n’endommage son peau au niveau des pieds » estime Soro Mohamed. Même son de cloche chez Koné Fatoumata : « j’utilise le beurre de karité pour le corps surtout, pour les enfants, et pour mes cheveux également ».

De son nom scientifique Vitellaria paradoxa, le beurre de karité est très prisé pendant cette période. Pour nous en rendre compte, nous allons à la ‘‘capitale’’ du beurre de karité : Natiokobadara. Dans ce quartier de Korhogo, jadis petit village, on ne peut dépasser trois concessions sans voir une ‘‘petite usine’’ de transformation de noix de karité en beurre. A peine vous entrez dans le quartier que l’odeur de cette de ce produit vous frappe au nez. Nous nous dirigeons au grand-moulin du quartier, lieu où les femmes se regroupent chaque matin pour travailler la noix de karité. Assana Koné, sûre de ses propos, étale avec aisance les vertus du beurre de karité. « Il a une bonne saveur. Aussi il est plus succulent que les autres huiles. Sa consommation est une prévention contre nombreuses maladies telles que le paludisme».

Ces propos sont étayés par le professeur Diarrassouba Nafan, Doyen de l’UFR Biosciences de l’université Péléforo Gon Coulibaly, spécialiste du karité. « Au plan scientifique, le beurre de karité est très riche en vitamines A, E, B, B12. Il est très riche en insaponifiable. Toutes ces caractéristiques donnent des propriétés très émollientes et anti-cicatrisantes pour les utilisateurs. Cela veut dire que si vous avez du beurre de karité fabriqué dans les normes, de qualité, tout ce qu’elles disent, c’est la vérité ».

Pendant cette période d’harmattan, les prix du beurre de karité varient. « Le kilogramme est à 700 F Cfa et en saison ordinaire 650 F. en période de déficit, le prix peut grimper à 750F, surtout quand les hommes luttent le karité avec nous. Nous avisons en fonction de la saison afin de tirer les bénéfices » explique Assana Koné.

Par ailleurs, Les fabricantes du beurre de karité ne sont pas les seules à se frotter les mains pendant l’harmattan. Les revendeurs de friperie qui voient leur capital augmenté. Koné Lacina : « les petites combinaisons pour les enfants coûtent 300F. Pour les plus grands, le prix coûte 500F. Les blousons pour les enfants se vendent à 2000F». « Le pullover coûte 3 000 F. Après négociation, des prix peuvent chuter à 2500F parfois 2000F » a soutenu Taha Sôhibou.

En attendant de voir cette saison particulière prendre congé des habitants de Korhogo, on continue de se mettre au chaud.

Saïd Sandona Coulibaly, à Korhogo