« Le martyre des langues modernes », « La débâcle de l’orthographe », « Will America Be the Death of English? », « Eine Industrienation verlernt ihre Sprache », « O nosso pobre português » … : des quatre coins du monde nous parviennent des nouvelles alarmantes sur l’état de santé des langues. Les thèmes semblent partout les mêmes ; les jeunes ne maîtrisent plus l’orthographe de leur langue maternelle, les médias au premier chef la télévision ont une influence néfaste sur le langage, l’école ne remplit plus son rôle, il y a invasion de mots étrangers, etc. Par-delà les frontières, tous les articles consacrés à la crise de la langue se ressemblent étrangement, à commencer par la vision anxiogène qu’ils livrent du monde actuel ». En se référant à cette conviction emprunté à l’ouvrage ‘’ la crise des langues ’’ dans sa version textes colligés présenté par Jacques Maurais, il nous taraude à l’esprit ces interrogations suivantes : qu’en est-il au juste ? Ces visions pessimistes font-elles l’accord de tous ? Y a-t-il vraiment et réellement crise de la langue ?
L’évolution intrinsèque d’une langue vivante peut quelquefois laisser perplexe l’amateur de Voltaire, de Cohen ou de Pagnol. Il y a toujours une limite au-delà de laquelle l’orthographe nuit gravement à la fluidité de la lecture, même pour un texte simple d’un contemporain.
De nos jours, l’orthographe n’est plus écrite de la même manière étant donné que la phonétique occupe une place de choix dans notre société.
Les individus, plus précisément les nouvelles générations écrivent comme ils entendent sans respecter l’orthographe mais juste en respectant les sons qu’ils entendent. Ceci peut être considéré comme un moyen d’écrire plus rapidement mais celui-ci peut se répéter dans diverses situations à force d’être utilisé.
SMS, trois lettres qui font parler d’elles. Les ” Short Message Service ” sont ces petits messages qu’un milliard de personnes envoient par jour. Ce sont les jeunes adolescents de 14 à 20 ans qui sont les plus adeptes, au point qu’une étudiante a rendu toute une dissertation écrite en langage SMS à son professeur. De ce phénomène explosif, émane un réel débat celui de l’impact de cette écriture rétrécie et ne répondant à aucune norme sur l’orthographe.
Entre les parents et les enseignants, s’installent aujourd’hui, bien souvent, l’incompréhension, la suspicion, quand ce n’est pas la méfiance ou l’hostilité. Pourtant l’École et les élèves ne pourront progresser que si la communication et le travail en commun sont rétablis.
Fort de ce constat, il est nécessaire de se demander si l’orthographe est-elle modernisable ? La technologie y répond largement, chats, Twitter, Facebook, sms, Whatsup ont réinventé le langage, la façon d’écrire et de s’exprimer. Derrière la nostalgie, se cache la difficulté d’intégrer la révolution, une révolution numérique qui a explosé les schémas classiques et ce n’est pas tant ce changement qui fait souffrir plutôt qu’une évolution vers un nouveau monde ; celui du numérique et des nouvelles technologies qui font que tout va plus vite, le temps vous glisse entre les doigts, les choses se réalisent trois fois plus vite. Des repères explosés par l’arrivée d’outils performants qui permettent aux humains le dédoublement et créer « une humanité hybridée », un mariage inévitable entre la machine et l’homme.
Selon Francis Jutang, cité dans la Métamorphose numérique: « Nous sommes à l’amorce d’une bifurcation ( …) qui demande de réinterroger les fondements de l’être et de la société, de chercher le sens du projet humain au cœur de la métamorphose numérique, et d’utiliser le potentiel de coévolution entre l’homme et ce tissu numérique intelligent, ainsi qu’entre l’homme et la nature, pour permettre à dix milliards d’humains de partager leur terre, d’y prospérer et d’y créer. »
Plusieurs facteurs expliquent le déclin de l’orthographe. Le premier est la complexité de la langue française. Les suivants liés à l’évolution de la société se résument en une plus grande tolérance pour le niveau d’orthographe dans l’enseignement allant de pair avec une profonde mutation de la population scolaire beaucoup plus hétérogène qu’il y a des décennies. Le progrès des nouvelles technologies et l’entrée dans une culture de l’image et de l’immédiateté, le développement de nombreuses autres matières à enseigner qui ont relégué aux calendes grecques l’orthographe loin derrière…
A l’heure actuelle, les linguistes et l’intelligentsia notamment le Conseil de la Langue Française et de la Politique Linguistique en Communauté Française sont unanimes sur la nécessité d’une vraie approche simplifiant et rendant l’usage du français plus cohérent. Une telle démarche qualité contribuera à éviter une fracture linguistique où la maîtrise de la langue sera le privilège d’une élite que la langue n’évolue toute seule et de façon anarchique. La majorité des personnes dépossédées de leur langue soient incapables d’exercer une citoyenneté pleine et entière que le français, certes resté pur et beau, ne devienne une langue morte comme le latin que trop de temps soit consacré à la norme orthographique au détriment de savoirs fondamentaux dans l’apprentissage du français comme la lecture et l’écriture…

Mory Bamba de Karamoko