Depuis le 08 novembre 2016, la Côte d’Ivoire est entrée dans la 3ème république. La 1ère (en réalité de 1960 à 1993) est essentiellement marquée par l’héritage de la lutte pour la décolonisation et la personne du père-fondateur. La 2ème (en réalité de 1993 à 2016) a été ballotée dans les flots des tourbillons nés des tensions relatives à la succession au père-fondateur. Qu’en sera-t-il de la 3ème république ?

La logique incite à croire qu’elle sera caractérisée par un renouvellement de la vie socio-politique. Essentiellement, parce que la population ivoirienne, à l’instar des pays africains est à majorité constituée de jeunes (77% ont entre 0 et 35 ans). En effet, celle-ci est mieux lettrée, connectée au village-monde grâce à l’internet et aux médias audio-visuels internationaux, plus libre de ses opinions, décomplexée et sous moins d’influence patriarcale.

Chose importante, elle est de plus en plus exigeante en ce qui concerne ses aspirations à une vie meilleure. Le flot d’immigrants, dont nombreux sont des Ivoiriens, bravant tout pour traverser le Sahara et la mer méditerranée, dans l’espoir d’une vie meilleure l’illustre assez bien. Ce peuple-jeune, constituant la grande proportion des électeurs, imposera de nouveaux défis qui exigeront un renouvellement de l’offre et des acteurs politiques.

Pour preuve, les premiers signes de ce bouleversement sont là sous nos yeux à travers les présentes élections législatives.

Premièrement, à travers la pluralité des candidatures, surtout issues de la classe des indépendants. Ceux-ci, qui ont, pour la plupart, échoué à se faire investir par leur famille politique (généralement le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix), ont décidé de défier celle-ci. Au-delà de cette défiance, il faut voir la chute du mur mythique qui faisait d’une hiérarchie, les bons-à-servir-le-peuple. Avec l’effondrement de cette digue mythique, c’est le champ politique qui se libère et devient accessible à toutes et à tous. Une vraie révolution qui mérite d’être soulignée à double traits.

Deuxièmement, c’est l’évolution de la perception que les populations se font des hommes politiques. Sans nous appuyer sur des études très poussées, nos lectures sur les réseaux sociaux et l’écoute de micros-trottoirs de certaines radios permettent de se rendre compte d’une perception pas toujours positive que les Ivoiriens se font de la politique. Naguère perçus comme un acte de noblesse, le commun des Ivoiriens se méfient de la chose politique. « Politique n’est pas bon » entend-t-on dire un peu partout. D’ailleurs, la baisse constante des taux de participation aux élections en Côte d’Ivoire, depuis les taux stratosphériques des élections de 2010, corroborent dans une certaine mesure, cette situation.

Aussi, le grand défi commun à relever est de savoir comment convaincre les Ivoiriens à croire au bien-fondé de la chose politique. L’un des moyens de répondre à cette problématique est inévitablement pour les formations politiques, de renouveler leurs offres et le personnel politiques. Cela, en faisant davantage confiance aux jeunes et aux femmes, qui soient plus proches du peuple. Car, la politique est avant tout, un exercice de communication. Or communiquer c’est créer du lien avec sa cible. Par la proximité avec les populations et les réponses favorables apportées aux aspirations de celles-ci.

Troisièmement, parce qu’après une crise profonde comme celle qu’a connue la Côte d’Ivoire, pour que s’enracine durablement la 3ème république, il faut éviter l’erreur de vouloir « faire du neuf avec du vieux ». Les formations politiques ont intérêt à prendre conscience des réalités actuelles et accepter d’épouser les exigences du moment. Le père-fondateur ne disait-il pas : « la politique, c’est la saine appréciation des réalités du moment ? ». D’ailleurs, il n’y a pas d’alternative à cette exigence de renouvellement. Certains comme le général Gaston Ouassenan Koné, député de Katiola l’ont bien compris en acceptant, malgré leur aura, de « laisser la place aux plus jeunes. »

Quatrièmement, parce que pour que se consolident les actions de développement actuels, il serait judicieux que les devanciers, qui s’échinent à bâtir une Côte d’Ivoire plus prospère et stable, laissent plus tôt, faire faire les plus jeunes. Cela, afin que ceux-ci prennent sous leurs yeux la relève, au moment où ils ont les coudées franches pour rectifier les éventuels dérapages. C’est un pari risqué. Mais s’y risquer maintenant, serait moins dommageable que plus tard.

Arriverons-nous à relever tous ces défis ? Le lendemain des présentes élections législatives permettra d’y répondre. En attendant, la balle est dans le camp du peuple qui détient, in fine, ne l’oublions jamais, la souveraineté populaire.

Ibn Soliou