La région du Gontougo est située dans l’est de la Côte d’Ivoire. C’est une région connue pour sa religiosité, surtout son ancrage dans l’Islam. Pendant le Mahoulid, une ambiance tout aussi particulière s’installe dans les villes et villages. Les villages de Talahini Sokoura et de Yorobodi ne restent pas en marge de cette ferveur spirituelle. La période est mise à profit par de nombreux ressortissants de ces contrées de retourner au bercail en vue de la recherche de bénédiction.

Justement, le mot est lâché. Rechercher la bénédiction. C’est ce qui pousse de nombreuses personnes à effectuer le déplacement, notamment à Talahini Sokoura. Village où repose depuis plus de 30 ans, un érudit musulman. Il s’agit de Cheick Badroudine Ouattara, décédé en 1982. Les morts ne sont pas morts, dit-on. Malgré la disparition de l’homme, son esprit demeure. Des centaines de personnes arpentent son caveau à l’effet de rechercher des bénédictions susceptibles de résoudre leurs difficultés. Avant cela, qui est l’homme ?

Cheick Badroudine, la lumière de l’Islam

Cheick Mahama Badroudine de Talahini Sokoura

Cheick Mahama Badroudine de Talahini Sokoura

Mahama Ouattara, alias Badroudine est né en 1920 à Bondoukou. Né de famille musulmane, Mahama commence son initiation à l’Islam auprès de son oncle Karamoko Fabakary, jusqu’à son départ pour Kessé au Ghana, où il va s’adonner à des activités commerciales pour gagner sa vie. La confiance acquise, des parents lui envoyèrent leurs enfants pour leur apprendre l’Islam. A son départ de Kessé, il encadrait une centaine d’enfants.

Quelques instants plus tard, il décide de s’installer à Talahini Sokoura auprès de sa grand-mère. C’est là que sa notoriété va connaître son essor dans les années 70 lorsqu’il va encadrer des centaines de jeunes gens sur la science coranique. A son décès, on comptait plus de 300 talibés formés et 36 livres écrits. Parmi ses talibés les plus célèbres, Youssouf Ouattara géniteur du Mufti de Yorobi, Cheick Mounir Ouattara.

En outre, l’homme de Dieu ne manque pas d’anecdote. « un jour, une femme était sous l’emprise de trois djinns masculins. Après des traitements à la médecine prophétique, deux djinns ont pris la fuite. Le dernier,  teigneux, voulait assassiner la dame. Face à cette situation, Cheick Badroudine entra dans sa maison. A sa sortie, le djinn fut tué par deux lions, selon le témoignage de la dame envoûtée », relate son neveu, l’imam Abdoul Malick Ouattara.

Quelques livres écrits par Cheick Badroudine Ouattara

Quelques livres écrits par Cheick Badroudine Ouattara

Un héritage spirituel jalousement gardé

Après la mort du Cheick, Talahini Sokoura est devenu un site touristique spirituel où des centaines de fidèles musulmans viennent de partout pour venir se recueillir sur le caveau du saint homme dans le but d’obtenir des bénédictions. Et ces bénédictions sont exaucées. « En 2015, j’ai demandé un véhicule pour effectuer mes déplacements. Après quelques mois seulement, j’ai vu mes vœux exaucés » a témoigné un de ses disciples, Sehifoullahi Ouattara. C’était à l’occasion de Mahoulid, le dimanche 11 décembre 2016, organisé chaque année depuis des décennies dans la cour familiale de Badroudine dont l’héritage spirituel est jalousement gardé par ses enfants et petits-enfants. Ceux-ci se sont donné pour objectif de faire l’histoire et les œuvres de leur patriarche à toute la nation ivoirienne, voire au-delà.

Kanaté K., envoyé spécial à Talahini Sokoura