Le dimanche 04 décembre 2016, les Cubains dans leur large majorité, ont rendu un dernier hommage au « Commandante », Fidel Castro, qui plus qu’un président fut leur leader, leur inspirateur voir leur père. De tels qualificatifs même s’ils semblent laudatifs ne doivent nullement gêner ou faire l’objet d’un complexe quelconque, surtout en Côte d’Ivoire. En effet, même si la comparaison reste pour l’essentiel dans le cadre de l’affectif, on peut affirmer que les Ivoiriens ont été traversés par les mêmes émotions aux obsèques du père-fondateur Félix Houphouët-Boigny en 1993. Mieux, lorsque la route de l’histoire a semblé mener vers des issues boueuses, la convocation mémorielle de la philosophie et des actions d’Houphouët-Boigny a été la bouée de sauvetage, qui a permis de ramener la Côte d’Ivoire sur des rives plus éclaircies.

Incontestablement, Fidel Castro aura, à jamais, marqué l’histoire du monde, particulièrement durant toute la deuxième moitié du XXe siècle.

Primo, par son engagement hors du commun, qui a permis de donner une orientation singulière à son pays et d’inspirer plusieurs autres à travers le monde. Cela, à travers une révolution qui a fait basculer ce pays naguère pro-américain dans le giron de la famille communiste ; cristallisant à lui seul dans ses rapports conflictuels avec son puissant voisin américain, la rivalité américano-soviétique de période de la Guerre-froide. La récente visite du président Barack Obama à Cuba, a été interprétée comme un début de pacification et de normalisation de ces relations.

Secundo, par la longévité de son règne (50 ans) et sa capacité à triompher de toutes les tentatives (au moins 630 dit-on) de déstabilisation ourdies le plus souvent par des puissances étrangères.

Tertio, par les résultats de son action politique dans son pays. En effet, suivant le principe « tout pour tous et rien pour tous », Fidel Castro a réussi à bâtir une société égalitaire. Qui permet à tous les Cubains d’avoir accès gratuitement à l’école et aux soins de santé et surtout dans une société multiraciale, de gommer au mieux le racisme et les différences sociales. Et c’est cela, la plus grande réussite de Castro. Car, au final, quel est le projet le plus abouti de l’humain, à part le fait de faire cohabiter en intelligence, des peuples de cultures, de races et de conditions sociales différentes où chacun trouve son compte ?

Pourtant de l’autre côté, à Miami aux Etats-Unis d’Amérique, à 200 km de là, d’autres Cubains fêtaient joyeusement la mort de celui qu’ils considèrent comme un dictateur. Ceux-là, ce sont les opposants au régime castriste, en majorité, des descendants des partisans du pouvoir libéral et conservateur renversé par Castro.

Ce contraste, illustre bien la polémique qui a suivi la sortie de Ségolène royale, troisième personnalité du défunt Gouvernement-Valls et qui représentait le gouvernement français aux obsèques de Fidel Castro. En effet, en marge de ces obsèques, Ségolène Royale avait semblé minimiser la question des droits de l’homme, face aux acquis du castrisme à Cuba. Une admiration du régime en place qui n’a pas été du goût d’une partie de la classe politique française. Celle-ci n’a pas manqué de ruer dans les brancards en condamnant la déclaration de Ségolène Royale.

Là se pose la question de l’autorité de juger un régime étranger. En effet, à partir de quelle légitimité et de quelles références établies et admises comme telles, des acteurs politiques (surtout occidentaux) ont-ils le droit de porter un jugement sur un régime autre que le leur ? Le peuple n’est-il pas le meilleur juge de ses dirigeants ? A écouter certains médias internationaux et leurs experts-consultants, on jetterait, sans hésitation, l’opprobre sur le régime castriste.

Pourtant, ceux vers qui ont été destinés les actions du régime cubain, sont sortis par millions pour saluer la mémoire de leur leader. Arborant partout des images de celui-ci avec l’écritoire : « Fidel, por siempre ! » (Fidel, pour toujours !). Et jurant fidélité à sa vision politique et sociétale. Ce qui, à nos yeux, traduit de fort belle manière, l’appréciation objective qu’on peut porter sur le règne de Fidel Castro.

Une situation qui corrobore éloquemment le point de vue de l’éminent communicateur Dominique Wolton concernant l’évaluation des actions des dirigeants politiques : « le plus important n’est pas ce que les médias disent du président, c’est la perception que les citoyens se font de l’action du Président. Or ils sont à même de juger de la cohérence ou du décalage entre les discours et les actes du pouvoir indépendamment des médias ».

Au total, le cas Fidel Castro doit ouvrir l’esprit des hommes politiques afin de comprendre-là qu’aucun peuple n’est dupe. La simple communication ne remplace pas la politique. La politique se nourrit de l’action (politique) dont la finalité doit être d’apporter des réponses aux préoccupations des populations. A Cuba, ceux qui sont sortis massivement pour dire « El Commandante, por siempre ! », l’ont fait librement et de bon cœur pour témoigner leur reconnaissance à un leader, dont les actions leur ont permis gracieusement, d’étudier, de travailler, de se soigner et de s’épanouir. Il faut espérer que cela soit compris de nos acteurs politiques et de ceux qui s’apprêtent à s’y engager en cette période électorale.

Ibn Soliou