En s’inspirant d’un rapport fort édifiant de Jean-Christophe Boungou Bazika, chercheur à l’Université Marien Ngouabi, Directeur du Centre d’Etudes et de Recherche sur les analyses et les Politiques Economiques (CERAPE), il est indubitablement admis que  la sécurité alimentaire est devenue une des préoccupations majeures de l’humanité.  D’autant plus que la lutte contre la pauvreté et la faim est un des objectifs du millénaire pour le développement.

La faim demeure un grand problème pour l’humanité, en particulier pour le continent africain. Cependant la question qui se pose est celle de savoir si la sécurité alimentaire peut se réaliser dans un contexte de dépendance alimentaire. D’où l’émergence d’un nouveau concept, celui de souveraineté alimentaire. On entend par souveraineté alimentaire la capacité d’un pays à nourrir sa population en s’appuyant sur sa production agricole. Ainsi, il est en mesure de faire face aux pressions relatives à l’arme alimentaire détenues par quelques grandes puissances comme les USA, l’Union Européenne, etc. Ces puissances sont les principaux fournisseurs de biens alimentaires dans le monde.

Le dilemme aujourd’hui pour l’Afrique est à trois niveaux : sécurité alimentaire ou souveraineté alimentaire ? Production agricole locale ou biens importés ? Marchés régionaux ou marché alimentaire mondial ? Ces trois questions sont autant de voies traduisant les contradictions dans lesquelles sont plongées les politiques agricoles en Afrique et le désarroi que traverse le secteur agricole en Afrique.

S’inscrivant dans la même logique participative, la revue « l’Afrique des idées » soutient que le paradoxe africain est saisissant.

Par voie de conséquence, quinze des vingt deux économies qui ont connu la croissance la plus rapide dans le monde sont en Afrique. Et le continent lui-même affiche une croissance dépassant 5% en moyenne. Toutefois, l’Afrique reste la région la plus vulnérable et la plus fortement soumise aux risques liés à la faim et à l’insécurité alimentaire. Pourtant les solutions ne manquent pas. Tous les chefs d’Etat africains qui se sont réunis à Malabo, dans la capitale Équato-guinéenne à l’occasion de la 23 ème session ordinaire du sommet de l’Union africaine savent parfaitement ce qu’il faut faire après les grandes déclarations. Et s’ils passaient enfin aux actes ?

La volonté de faire de l’agriculture le moteur du développement en Afrique est encore réaffirmé. Déjà à l’occasion de la 22ème session ordinaire du sommet de l’UA, une feuille de route a été adoptée par les Chefs d’Etat pour lancer formellement le plan d’action de l’année de la sécurité alimentaire. La transformation de l’agriculture africaine pour créer les conditions de la croissance et du développement durable sur le continent ne doit pas être un simple slogan politique mobilisateur. Les défis alimentaires auxquels les pays africains font face actuellement et ceux auxquels ils pourraient être confrontés dans le futur pourraient compromettre tous les progrès réalisés dans différents domaines du développement si les mesures idoines ne sont pas prises sans délai. En 2050, la population mondiale devrait passer à 9.6 milliards de personnes. Le monde aura alors besoin d’augmenter la production alimentaire de plus de 60% pour nourrir cette population. Sous l’effet d’une croissance démographique parmi les plus rapides au monde, de l’urbanisation rapide et de la croissance économique, le continent africain verra une augmentation exponentielle de ses besoins alimentaires. La demande alimentaire devrait tripler, avec une augmentation de l’ordre de 78%, alors que celle de la Chine et de l’Inde par exemple devrait augmenter respectivement de 31% et 89%. On voit donc bien que ce qui semble se présenter aujourd’hui comme un défi pourrait bien se transformer en opportunité si des politiques agricoles efficaces sont mise en œuvre dans le cadre d’une stratégie de développement fondée sur la modernisation des systèmes de production, la transformation industrielle et l’organisation des marchés.

Chaque année, plus de 45 à 50 milliards de dollars US représentant la facture des importations alimentaires africaines sortent du continent pour enrichir d’autres pays et créer de la valeur et des emplois ailleurs. L’investissement de cette manne financière considérable dans les secteurs de production peut changer complètement le visage de l’Afrique et accélérer sa marche vers le développement économique et social durable. Face à une telle situation, on ne peut que se réjouir de l’intérêt que les Chefs d’Etat africains portent à ce dossier impératif. La prise de conscience de l’intensité du problème de l’insécurité alimentaire est la première étape pour appliquer une thérapie appropriée.

Pour un continent dont le premier moyen de subsistance est l’agriculture (17% du PIB), investir durablement dans ce secteur est la meilleure option pour lever le défi de l’alimentation, mais aussi celui de l’emploi, de la pauvreté rurale ou urbaine et du développement en générale. On ne peut cependant manquer de s’interroger sur la capacité réelle des pays africains à aller au-delà des simples déclarations d’intention pour traduire leurs décisions en acte concret.

Mory Bamba