Le philosophe et écrivain français affirmait récemment dans le Figaro magazine du 23 juillet 2016 : « Nous avons longtemps pensé que l’histoire du monde, c’est l’occidentalisation du monde. Cette occidentalisation, nous l’envisageons soit comme le triomphe planétaire de la démocratie représentative et de l’économie de marché, soit comme la mondialisation de la lutte des classes. Il faut en rabattre. L’histoire ne se laisse pas englober dans un calendrier et un destin uniques. Ce que nous vivons, en guise d’histoire universelle, c’est le choc des cultures et des temporalités.» Il tenait ces propos en faisant allusion aux attentats terroristes actuels de par le monde.
Pourtant, ce désenchantement auquel il invite l’Occident oblige celui-ci à tourner son regard vers son nombril. En effet, n’est-on pas en droit de dire que le modèle occidental qui a pris corps depuis le siècle des Lumières est en phase de finitude ?
Pour cause, ces dernières années, les mouvements de contestation des effets de la mondialisation ultralibérale n’ont pas cessé d’essaimer à travers le monde. Les plus connus sont ceux des altermondialistes et récemment ceux des Indignés qui ont occupé plusieurs lieux symboliques dont Wall Streets. Au point où Stéphane Hessel, un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme publiait en guise de soutien à ces activistes « Indignez-vous ! ». En Espagne, ce mouvement appelé Podemos s’est mué en parti politique accédant ainsi en un temps record aux mairies de grandes villes et disposant de députés au Parlement.
Mais, la plus grande inquiétude induite par ce rejet du système régnant, c’est la montée du Populisme dans les sociétés dites démocratique et civilisées. Le GREXIT manqué et le BREXIT sont de grands signaux qui auraient dû en leur temps, ajouter à l’alerte et obliger les médias aux ordres à nous servir d’autres sons de cloche. Que Nenni !
Aujourd’hui, les Etats-Unis, les champions et grands défenseurs de la mondialisation ultralibérale font l’expérience du rejet de ce système avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump à la maison blanche. Une vraie secousse médiatico-politique. Or, cela n’est pas un fait ex nihilo. En effet, le malaise exprimé par la majorité des populations américaines est présente depuis longtemps. Seulement, les médias en majorité aux mains des défenseurs du système régnant ont volontairement décidé de l’ignorer et de nous servir leur habituelle tasse de thé. Comme aux Etats-Unis, la démocratie au sens d’un homme une voix comme le disait Nelson Mandela est une réalité, le principe de la vox populi vox dei a été respecté. Le peuple s’est exprimé et sa voix a été déterminante. Quelles leçons retenir alors de ce « séisme politique » ?
Premièrement, il n’y a plus de doute, le système économique actuel n’est plus viable à terme. Car, il exclut les masses et favorise exagérément une minorité. Une situation qui peut déboucher à terme sur des crises graves si des réajustements ne sont pas envisagés au plus vite. En clair, il faut un système socio-économique qui offre plus de solidarité et de protection des plus vulnérables de la société.
Deuxièmement, c’est un avertissement à tous les gouvernements à travers le monde. « Ventre affamé n’a point d’oreille » nous dit l’adage. La politique est l’art d’être au service du peuple. Comme le dit Thomas Hobbes, quand on est élu c’est « une déclaration d’amitié » que nous font les électeurs en nous permettant d’être oint de la souveraineté populaire. Cette transcendance qui nous permet, en principe, de décider en leur nom et pour leur intérêt. Alors, est-ce normal, équitable et loyal de profiter de ce mandat pour obéir à d’autres intérêts autres que ceux des électeurs qui nous ont fait confiance ? C’est pourquoi, les gouvernants doivent se donner tout le mal d’être à l’écoute du peuple et à leur service. Sinon le réveil du peuple peut souvent s’avérer cinglant et cauchemardesque pour ceux qui croient détenir les leviers du pouvoir.
Troisièmement, on retient qu’aucun acquis n’est définitif. Le cours des événements peut à tout moment remettre en cause ce qui était supposé éternel. En effet, comment les Etats-Unis qui sont supposés être le pays de la liberté et de l’immigration puissent se laisser séduire par des discours populistes et racistes ? C’est pourquoi, il faut sans cesse travailler à éveiller les peuples par la consistance des programmes de formation, le soutien à la culture qui valorise la réflexion et non l’hédonisme, raffermir la formation civique et politique des populations, promouvoir l’égalité et l’équité…
Quatrièmement, nous avons la conviction que le monde est à un tournant de son histoire. Les événements qui se succèdent sont les signes visibles du craquèlement des murs du système actuel auquel tentent de se substituer d’autres systèmes. Les organisations sous régionales (UA, CEDEAO…) et mondiales (ONU) sont interpellées et doivent impérativement changer leur mode de fonctionnement afin de s’adapter. Sans cette anticipation, nous nous acheminons vers des bouleversements qui risquent de mettre en péril la paix dans le monde.
Cinquièmement, cet événement montre surtout la limite des sondages et de l’influence des médias. Comme le dit le communicateur Dominique Wolton : « la politique n’est pas soluble dans la communication (…) il ne faut pas surestimer le rôle des agences de communication. Une élection présidentielle est un exercice très compliqué. Les électeurs vont-ils se déplacer ? Le communicant doit resté modeste. Ce n’est pas la com’ qui fait adhérer au programme de tel candidat. C’est l’impression que ce candidat incarne les valeurs que nous portons et peut aborder honnêtement les problèmes du moment. Penser que les agences de com’ font l’élection, c’est prendre les gens pour des imbéciles.» A bon entendeur, salut !

Ibn Sôliou