2,5 milliards d’adultes n’ont actuellement pas accès aux services financiers de base, soit la moitié de la population adulte mondiale. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas accès à un compte courant de base, au crédit, à une assurance et à un produit d’épargne.

En cela, l’inclusion financière se distingue d’autres notions proches mais plus restreintes comme la bancarisation, la micro finance, le microcrédit…

L’inclusion financière est une composante de l’inclusion sociale (accès des populations à des services de base comme l’emploi, la santé, le logement ou l’éducation). Elle représente de ce fait un enjeu économique et social majeur, non seulement dans les pays en développement mais aussi dans les pays développés, qui n’échappent pas à l’exclusion financière d’une partie de leur population.

Quelques chiffres présenté comme indicateurs dans ’’ Mesuring Financial Inclusion, The global finex database, 2012 ’’ permettent de mesurer le défi que représente aujourd’hui dans le monde, l’inclusion financière :
• près de 75 % des adultes gagnant moins de deux dollars par jour n’ont pas de compte en banque ;
• plus de 50% de la population vivant dans les pays en développement n’ont pas de compte en banque, contre 10 % dans les pays riches et développés ;
• parmi les personnes ayant un compte, seul 43 % l’utilisent pour épargner ;
• Dans les pays en développement, seulement 37% des femmes, contre 46% d’hommes, disposent d’un compte bancaire.

Pour atteindre l’accès universel aux services financiers des adultes d’ici 2020, la Banque Mondiale incite les organismes financiers à mettre en avant des produits qui profitent aux populations pauvres, aux femmes et autres groupes vulnérables.

Le mobile-banking est l’une des alternatives qui s’est le plus développée, notamment en Afrique où le mobile sert de carte bancaire virtuelle sans compte bancaire. Au Kenya par exemple, 1/5 des habitants possèdent un téléphone portable et 68% des adultes l’utilisent pour payer leurs factures ou gérer leurs transferts d’argent (2011).

Parce qu’elle permet aux populations du bas de la pyramide de devenir des consommateurs avertis de produits bancaires, l’éducation financière est une dimension essentielle de l’inclusion financière.

Octroyer aux populations pauvres l’accès aux services financiers de base sans éducation financière peut être risqué.

En effet, une mauvaise compréhension des produits, une méconnaissance de ses droits et devoirs en tant que consommateur, une insuffisante capacité à manager son budget peuvent conduire tout un chacun, quel que soit son niveau de richesse, à une mauvaise utilisation des services financiers et donc au surendettement, au paiement de frais bancaires excessifs ou encore à des prises de risque non maîtrisées.

Devant la perspective de l’adhésion de milliards de nouveaux clients, les institutions bancaires et non bancaires ont commencé à offrir des services financiers numériques au populations exclues ou mal servies en s’inspirant des approches qui leur ont permis pendant des années d’améliorer les voies d’accès offertes aux populations déjà servies par les banques et les autres institutions financières. Des services financiers numériques novateurs incluant le recours à la téléphonie mobile ont été lancés dans plus de 80 pays (GSMA, 2014).

Par suite des progrès importants réalisés en matière d’accessibilité physique et financière par les services financiers numériques, des millions de clients pauvres passent directement de la pratique des règlements en espèces au recours aux services financiers formels.

Les avantages de cette évolution comprennent la croissance économique et la stabilité, tant pour les clients que pour les économies où ces clients résident avec leurs familles. Cependant, le recours aux services financiers numériques par des clients auparavant exclus n’apporte pas que des avantages ; il présente aussi des risques dus en partie aux caractéristiques du client pauvre typique (manque d’expérience dans l’utilisation des services financiers formels et méconnaissance des droits des consommateurs). Certains des risques sont nouveaux, tandis que d’autres, bien connus, peuvent prendre une dimension différente dans le contexte de l’inclusion financière.

Déjà en 2015, le baromètre de la micro finance  éclairait nos différentes lanternes sur une nouvelle étude Global Findex de la Banque mondiale qui dévoilait les progrès significatifs de l’inclusion financière dans le monde avec 700 millions d’adultes nouvellement bancarisés depuis 5 ans. La micro finance y joue un rôle important et les données du MIX Market confirment la croissance continue du secteur, avec une hausse annuelle de presque 10% du nombre d’emprunteurs en 2014. Les progrès de l’inclusion financière s’expliquent aussi grâce à l’essor de la finance numérique.

 La finance numérique a un impact fort sur les institutions financières elles-mêmes. L’arrivée de nouveaux acteurs (opérateurs téléphoniques), la création de nouveaux modèles de distribution (réseaux d’agents externes, banques sans agences, etc), l’émergence de nouvelles opportunités en terme d’accès à la clientèle, la gestion de leur backoffice, sont autant de défis que la microfinance a relevés en innovant et en s’adaptant.

Cette « microfinance 3.0. » ouvre aussi un nouveau champ des possibles dans les pays du Sud. Elle y offre de nouvelles perspectives pour les clients : facilité pour gérer l’épargne, pour recevoir des paiements et salaires et pour payer ses factures. L’adoption initiale, déjà atteinte dans certains pays, doit encore être concrétisée par une utilisation plus régulière, confiante et maîtrisée par les clients, mais il est incontestable qu’une révolution est en marche.

L’analyste économique Jean-Loïc GUIEZE nous édifie sur la question en soutenant qu’il faille  accroître l’inclusion financière Pour pouvoir participer pleinement à la croissance, il ne suffit pas d’avoir de l’argent. Il faut aussi pouvoir opérer des transferts (paiements, perception de ses revenus et transferts – notamment en provenance de la diaspora), et épargner (ne serait-ce que par précaution) en toute sécurité. Les ménages pauvres et à faible revenus doivent aussi parfois emprunter pour faire face à de grosses dépenses ponctuelles (frais de scolarité ou de santé, mariages, funérailles…) ou investir pour créer ou accroître leur activité. Pour minimiser le coût des accidents de la vie et lisser leurs ressources disponibles, les ménages doivent enfin avoir accès à des services d’assurance. L’accès à ces quatre services financiers de base (transferts d’argent, épargne, crédit, assurance) est donc l’une des clés de l’inclusion économique et sociale du plus grand nombre. Toutefois, de nombreuses barrières freinent l’inclusion financière (définie comme la proportion d’individus et d’entreprises qui utilisent des services financiers) des populations pauvres et à faible revenu en ASS. Une population sous-bancarisée mais financièrement active L’immensité géographique (24 millions de kilomètres carrés) et l’insuffisance des infrastructures rend fastidieuse l’expansion des réseaux bancaires en Afrique au Sud du Sahara (ASS). Il y a moins d’une agence bancaire pour 1000 kilomètres carrés 8 en moyenne en ASS. Plus précisément, on dénombre moins de 5 agences pour 100000 adultes (plus de 15 ans), avec de fortes variations entre les pays, allant de 10 agences pour 100000 personnes en Afrique du Sud ou en Angola, à moins de 1 agence pour 100000 personnes en République d’Afrique Centrale, au Tchad, et en République Démocratique du Congo (qui totalisent plus de 90 millions d’adultes à eux trois)  .

Pour les banques, la grande dispersion des populations rurales (qui limite les économies d’échelle) et l’insuffisance des moyens d’identification conventionnels (documents d’identité, cadastre) augmentent les risques opérationnels (erreurs, fraudes) et de crédit (clientèle à revenus faibles et irréguliers, sans garantie) et nécessitent un renforcement couteux des contrôles internes. Tout cela pèse sur la rentabilité des systèmes bancaires et se traduit, in fine, par des coûts d’accès trop élevés pour les populations pauvres et leurs petites entreprises.

En ASS, plus de 50% des personnes non bancarisées citent le coût comme obstacle à l’ouverture d’un compte selon la base de données Findex de la Banque Mondiale10. 0 100 200 300 400 500 600 700 Congo (RDC), Zambie, Burundi, République Centrafricaine, Madagascar, Cameroun, Mauritanie, Zimbabwe, République du Congo, Angola, Ethiopie, Benin, Mali, Sierra Leone, Malawi, Ouganda, Guinée équatoriale, Togo, Gabon, Rwanda, Côte d’Ivoire Ghana, Nigeria, Namibie pour 1000 adultes déposants dans une banque commerciale Source : FMI Septembre 2014 Conjoncture 17 Seuls 24% des adultes disposent d’un compte dans une institution financière formelle en ASS, contre 50% en moyenne dans le monde et 89% dans les pays à revenu élevé. Cette proportion varie grandement au sein même de l’ASS, avec des moyennes variant entre 51% en Afrique Australe, et 11% en Afrique centrale où des pays comme l’Afrique centrale, le Tchad et la République Démocratique du Congo affichent même des taux de bancarisation d’adultes de moins de 5%. Dans l’ensemble du monde, les femmes, les pauvres, les jeunes, les ruraux et les moins éduqués sont en moyenne les plus mal desservis.

Mory Bamba de Karamoko