Dans la perception de  l’économiste émérite Americano-serbe Branko Milanovic, le ‘’ Brexit ‘’ signe la victoire d’un alter mondialisme populaire et la fin de la mondialisation telle que nous la connaissons. Selon lui, ce constat appelle à plus de politiques de redistribution au sein des pays développés en vue d’augmenter les revenus des perdants de la mondialisation et de réduire l’écart entre les classes moyennes et les élites.

De ce fait, nous épousons stricto sensu l’analyse de l’expert financier Turc Docteur Nouriel Roubini indiquant que ce référendum sur le Brexit a fait apparaître clairement les fractures à l’œuvre dans les pays avancés entre gagnants et perdants de la mondialisation. Si les premiers sont encore majoritaires, il faut très vite s’occuper des seconds.

En tout état de cause, le vote à une étroite majorité du Royaume-Uni en faveur du Brexit a des causes foncièrement et spécifiquement britanniques. Mais, plus largement, ce vote traduit dans les pays avancés une réaction populiste et nationaliste contre la mondialisation, le libre-échange, les délocalisations, l’immigration économique, les mesures favorables aux marchés, les autorités supranationales ou même les changements technologiques.

De ce fait, si les perdants de la mondialisation sont minoritaires au niveau mondial, ils peuvent former une majorité au sein des pays occidentaux, et seraient donc en mesure de bloquer le processus. Avec le Brexit, peut-on parler de première victoire d’un alter mondialisme populaire s’opposant à une certaine forme de libéralisme ? Le Brexit proclame-t-il  dès lors l’acte de mort de la mondialisation telle que nous la connaissons ?

La satisfaction à cette interrogation digne d’être posé par l’observateur attentif est sans équivoqueémanant de Branko Molanovic :

« Oui, le Brexit signe la victoire d’un alter mondialisme populaire pour deux raisons : d’une part, c’est une réaction aux gains de revenus des classes moyennes plus faibles que ce qui avait été promis par la mondialisation (combiné aux forts gains de revenus des 1% les plus riches) ; d’autre part, c’est une réaction contre l’immigration qui est aussi logiquement contenue dans l’idée de mondialisation » a-t-il soutenu.

 Cette conviction revêt un caractèreindéniable en ce sens qu’il ne serait pas loisible de minimiser la portée anti-mondialisation du vote pour le Brexit eu égard au fait que  ce vote représente en grande partie, un vote contre la mondialisation grandeur nature sous toutes ses formes telle que nous la comprenons ;étantdonné que nous pourrions donc avoir une mondialisation avec une démocratie limitée où ceux qui sont contre la globalisation ne seront pas autorisés à gagner des élections (ou des référendums).

Une thèse qui pourrait on ne peut plus être plausible d’autant plus que dans une interview accordée au Washington Post au mois de Juin dernier, Hillary Clinton en lice pour la future élection présidentielle pour le compte de l’investiture démocrate américaine  reconnaissait que : « la mondialisation avait fait des perdants et que ceux-ci se tournaient dès lors vers les populistes comme Donald Trump ». La “solution” n’est-elle pas, enfin, que les partis de gouvernements prennent en compte les dégâts qui ont été effectivement causés par la mondialisation ? En quoi le déni alimente-t-il la poussée populiste ?

Pour notre part, Il est encourageant et même réconfortant de constater qu’Hillary Clinton en a pris conscience et qu’elle reconnaisse  au moins verbalement  la réalité bien qu’on puisse douter qu’elle fasse quoi que ce soit contre ce phénomène dans la mesure où sa campagne est fortement financée par les milieux d’affaires.

In fine, avec la prise de fonction de nouveau Premier Ministre Britannique l’Eurosceptique Theresa May qui a promis enclencher le Brexit, en dépit d’une pétition lancée au lendemain du vote demandant le maintien de la Grande Bretagne à l’union, ce choix inattendu des britanniques met à rude épreuve la mondialisation, une vision pourtant défendu par le tandem USA-Royaume-uni.

Mory BAMBA de Karamoko